Retraite complémentaire et expatriation : Agirc-Arrco, CFE, rachats de trimestres
L'expatriation a un impact direct sur vos droits à la retraite. Si vous quittez la France pour travailler à l'étranger, vous cessez en principe de cotiser au régime français — sauf si vous prenez des dispositions spécifiques. La retraite complémentaire Agirc-Arrco, qui représente souvent 40 à 60 % de la pension totale d'un cadre, est particulièrement concernée.
Ce guide fait le point sur les mécanismes disponibles pour préserver vos droits : cotisation volontaire, CFE, rachats de trimestres, coordination européenne et cumul de retraites internationales.
Comprendre le système de retraite français en 2 minutes
Avant d'aborder les spécificités de l'expatriation, rappelons la structure du système français :
Les deux piliers obligatoires
- Retraite de base (CNAV / Assurance retraite) : calculée sur les 25 meilleures années de salaire, avec un taux plein à 50 % si vous avez le nombre de trimestres requis (172 trimestres pour les générations nées à partir de 1965).
- Retraite complémentaire (Agirc-Arrco) : système par points. Chaque année de cotisation donne des points, dont la valeur est fixée annuellement. En 2026, la valeur du point Agirc-Arrco est d'environ 1,4159 €.
L'impact de l'expatriation
Quand vous travaillez à l'étranger sous contrat local, vous ne cotisez plus ni à la CNAV ni à l'Agirc-Arrco. Conséquences :
- Pas de trimestres validés pour la retraite de base
- Pas de points acquis pour la retraite complémentaire
- Risque de décote au moment de la liquidation
- Retard pour l'accès au taux plein
La CFE : votre passerelle vers la cotisation volontaire
La Caisse des Français de l'Étranger (CFE) est un organisme de sécurité sociale qui permet aux expatriés de continuer à cotiser au système français. Pour en savoir plus sur les avantages comparés de la CFE et des assurances privées, consultez notre comparatif détaillé.
Ce que couvre l'adhésion CFE pour la retraite
L'adhésion à l'assurance vieillesse de la CFE vous permet de :
- Valider des trimestres pour la retraite de base (CNAV)
- Cotiser simultanément à l'Agirc-Arrco via une extension de cotisation
Coût de la cotisation volontaire CFE vieillesse en 2026
Les cotisations CFE vieillesse sont calculées sur une assiette forfaitaire ou sur le salaire réel :
| Situation | Assiette de cotisation | Taux approximatif |
|---|---|---|
| Salarié expatrié (adhésion individuelle) | Dernier salaire brut en France | 27,3 % (part salariale + patronale) |
| Salarié expatrié (adhésion entreprise) | Salaire réel à l'étranger | 27,3 % (réparti employeur/salarié) |
| Travailleur indépendant | Revenu professionnel déclaré | Variable selon les tranches |
| Personne sans activité | Assiette forfaitaire (SMIC) | Environ 5 000-6 000 €/an |
Comment adhérer à la CFE pour la retraite
- Remplir le formulaire d'adhésion sur le site de la CFE (www.cfe.fr)
- Choisir les risques couverts : vous pouvez souscrire uniquement à l'assurance vieillesse, ou combiner avec maladie et accidents du travail
- Fournir les justificatifs : pièce d'identité, justificatif de résidence à l'étranger, contrat de travail local, derniers bulletins de salaire français
- Régler les cotisations trimestriellement ou annuellement
Le paiement des cotisations depuis l'étranger peut se faire par virement international. Wise permet de transférer les fonds en euros avec des frais réduits, ce qui est utile pour les paiements réguliers vers la France.
Cotiser à l'Agirc-Arrco depuis l'étranger : les options
Option 1 : Via la CFE (extension retraite complémentaire)
En adhérant à l'assurance vieillesse de la CFE, vous pouvez demander l'extension aux régimes de retraite complémentaire Agirc-Arrco. Cette option vous permet d'acquérir des points de retraite complémentaire comme si vous travailliez en France.
Avantages :
- Continuité parfaite de la carrière
- Points calculés sur le salaire de référence
- Droits identiques à un salarié en France
Inconvénients :
- Coût élevé (les cotisations patronales et salariales sont à votre charge ou à celle de votre employeur)
- Pas toujours rentable selon le pays et le niveau de salaire
Option 2 : Cotisation directe auprès d'une institution Agirc-Arrco
Il est possible, dans certains cas, de cotiser directement auprès d'une institution de retraite complémentaire (comme Malakoff Humanis, AG2R La Mondiale, etc.) sans passer par la CFE pour la retraite de base.
Option 3 : Détachement (si vous restez salarié d'une entreprise française)
Si vous êtes détaché (et non expatrié au sens du droit du travail), votre employeur français continue de cotiser normalement aux régimes français. Le détachement est limité dans le temps (généralement 2 à 6 ans selon les conventions) mais garantit une continuité parfaite des droits.
Le rachat de trimestres : combler les trous de carrière
Qui peut racheter des trimestres ?
Tout assuré peut racheter des trimestres au titre :
- Des années d'études supérieures (jusqu'à 12 trimestres)
- Des années incomplètes de cotisation
- Des années de travail à l'étranger non couvertes par une convention
Coût du rachat de trimestres en 2026
Le coût dépend de trois facteurs : votre âge au moment du rachat, vos revenus et l'option choisie.
| Âge au rachat | Coût par trimestre (option taux seul) | Coût par trimestre (option taux + durée) |
|---|---|---|
| 30 ans | ~2 800 € | ~4 200 € |
| 40 ans | ~4 200 € | ~5 900 € |
| 50 ans | ~5 200 € | ~6 800 € |
| 55 ans | ~5 600 € | ~7 200 € |
| 60 ans | ~5 000 € | ~6 400 € |
Valeurs indicatives pour un revenu moyen, soumises à actualisation annuelle.
Quand le rachat est-il intéressant ?
Le rachat est pertinent si :
- Il vous manque quelques trimestres pour le taux plein (la décote de 1,25 % par trimestre manquant peut coûter très cher)
- Vous avez des revenus imposables en France (les rachats sont déductibles du revenu imposable)
- Vous êtes dans une tranche marginale élevée (30 % ou plus), ce qui réduit le coût net du rachat
Exemple : Claire, 52 ans, expatriée en Suisse depuis 10 ans, a 148 trimestres validés. Il lui en manque 24 pour le taux plein. Racheter 12 trimestres d'études supérieures au coût de ~6 500 € par trimestre lui coûterait 78 000 €, mais lui éviterait une décote de 15 % sur sa retraite de base pendant toute la durée de la retraite. Si sa retraite de base est de 1 500 €/mois, la décote représenterait 225 €/mois, soit 2 700 €/an. Le rachat serait amorti en environ 29 ans — un calcul à faire précisément.
Coordination européenne : les règles UE/EEE/Suisse
Si vous travaillez dans un pays de l'Union européenne, de l'Espace économique européen ou en Suisse, les règlements européens de coordination (CE 883/2004 et 987/2009) s'appliquent.
Principes clés de la coordination
- Totalisation des périodes : les trimestres cotisés dans tous les pays de l'UE sont additionnés pour vérifier si vous atteignez le taux plein.
- Calcul au prorata (prorata temporis) : chaque pays verse une retraite proportionnelle aux périodes cotisées chez lui.
- Pas de double cotisation : vous cotisez dans un seul pays à la fois (celui où vous travaillez).
- Exportabilité : vous pouvez percevoir vos retraites françaises partout dans l'UE sans réduction.
Exemple de calcul avec coordination UE
Thomas a travaillé 20 ans en France (80 trimestres) et 15 ans en Allemagne (60 trimestres). Total : 140 trimestres.
Calcul de la retraite française :
- La CNAV calcule d'abord une retraite théorique comme si les 140 trimestres avaient tous été cotisés en France
- Puis elle applique le prorata : retraite théorique × (80/140) = retraite française
- L'Allemagne fait le même calcul de son côté avec ses 60 trimestres
Pays hors UE : les conventions bilatérales
Pour les pays hors UE, la France a signé des conventions bilatérales de sécurité sociale avec une quarantaine de pays. Ces conventions prévoient généralement :
| Pays | Convention de sécurité sociale | Totalisation des trimestres |
|---|---|---|
| États-Unis | Oui | Oui, pour l'ouverture des droits |
| Canada | Oui | Oui |
| Japon | Oui | Oui |
| Corée du Sud | Oui | Oui |
| Brésil | Oui | Oui |
| Inde | Oui | Oui |
| Tunisie | Oui | Oui |
| Maroc | Oui | Oui |
| EAU / Dubaï | Non | Non |
| Singapour | Non | Non |
| Thaïlande | Non | Non |
Pour les expatriés aux États-Unis ou au Canada, la convention bilatérale permet la totalisation des trimestres, ce qui est un avantage considérable pour le calcul du taux plein.
Attention : dans les pays sans convention (comme les EAU, Singapour ou la Thaïlande), les périodes travaillées ne sont pas prises en compte pour la retraite française, sauf si vous cotisez volontairement à la CFE.
Cumul de retraites : France + retraite locale
Il est parfaitement possible — et fréquent — de cumuler une retraite française avec une ou plusieurs retraites étrangères.
Points de vigilance
- Fiscalité : chaque pension est imposée selon les règles du pays qui la verse ET selon la convention fiscale applicable. Un expatrié en France payera l'impôt français sur ses retraites françaises, et potentiellement sur les retraites étrangères selon la convention.
- Taux de change : les retraites versées en devise étrangère fluctuent. Un compte multi-devises chez Wise peut aider à gérer ce risque.
- Cotisations sociales : les pensions françaises versées à un non-résident sont soumises à un prélèvement de solidarité de 7,5 % (au lieu de la CSG/CRDS pour les résidents).
- Déclaration : les retraites françaises perçues par un non-résident doivent être déclarées dans le pays de résidence. Les retraites étrangères perçues par un résident français doivent être déclarées en France.
Plan d'action pour préserver votre retraite en expatriation
Avant le départ
- Demander un relevé de carrière sur le site de l'Assurance retraite (info-retraite.fr)
- Estimer votre future pension avec le simulateur en ligne
- Vérifier si votre pays de destination a une convention de sécurité sociale avec la France
- Décider si vous adhérez à la CFE pour la vieillesse
Pendant l'expatriation
- Cotiser régulièrement à la CFE si vous avez choisi cette option
- Conserver tous les documents de cotisation dans votre pays d'accueil
- Faire un point tous les 5 ans sur votre relevé de carrière
Au retour ou à l'approche de la retraite
- Demander la totalisation des trimestres si vous avez cotisé dans un pays UE ou conventionné
- Évaluer l'intérêt d'un rachat de trimestres pour les périodes non couvertes
- Anticiper la liquidation au moins 6 mois avant la date souhaitée
Pour un bilan fiscal complet intégrant la dimension retraite de votre expatriation, contactez nos conseillers spécialisés.
Conclusion
La retraite complémentaire est un enjeu majeur pour tout expatrié français. Ne pas cotiser pendant plusieurs années peut entraîner une baisse significative de votre pension future — parfois de plusieurs centaines d'euros par mois. La cotisation volontaire via la CFE, le rachat de trimestres et la bonne utilisation des conventions de coordination sont des outils puissants pour protéger vos droits. L'essentiel est d'anticiper et de faire un bilan régulier de votre situation.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un conseil personnalisé en matière de retraite. Les barèmes de cotisation et les valeurs de points évoluent chaque année. Consultez la CFE, l'Agirc-Arrco et un conseiller spécialisé pour un calcul précis adapté à votre situation. Dernière vérification : mars 2026.