Informations vérifiées au février 2026

Fiscalité des Français en Suisse et frontaliers : guide complet 2026

8 min de lectureSuissefiscalité Français Suisse frontaliers 2026

La Suisse : la communauté française la plus grande au monde hors Europe

Avec plus de 200 000 Français officiellement résidents en Suisse (et 350 000+ frontaliers qui travaillent en Suisse tout en résidant en France), la Suisse concentre la plus grande communauté française à l'étranger. Genève, Zurich, Bâle, Lausanne — ces villes sont des pôles d'attraction majeurs pour les cadres, financiers et entrepreneurs français.

La situation fiscale franco-suisse est complexe — peut-être la plus complexe de toutes les destinations d'expatriation françaises — car elle combine un traité bilatéral détaillé de 1966, un régime spécial pour les frontaliers genevois, et des régimes cantonaux très variés.

Partie 1 — Les frontaliers : 350 000 cas particuliers

Qui est frontalier au sens fiscal ?

Un travailleur frontalier est une personne qui réside dans un pays (France) et travaille dans un pays voisin (Suisse), en rentrant généralement chaque jour ou chaque semaine à son domicile.

La France et la Suisse ont défini ensemble les zones frontalières :

  • Côté français : département de l'Ain, Doubs, Haute-Savoie, Savoie, Jura, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Territoire de Belfort, Moselle, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Vosges, et communes limitrophes du Rhône et de la Haute-Marne
  • Côté suisse : cantons de Genève, Vaud, Valais, Fribourg, Berne, Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Argovie, Zurich, Schaffhouse, Appenzell, Saint-Gall, Thurgovie, Grisons, Jura, Neuchâtel

Le régime frontalier : deux situations radicalement différentes

Cas 1 : Frontaliers genevois (régime 1973)

Les frontaliers qui travaillent dans le canton de Genève bénéficient d'un accord bilatéral spécial (1973) : la Suisse ne prélève aucune retenue à la source sur leur salaire. Ils paient uniquement en France l'impôt sur leurs revenus suisses.

Concretement :

  • Salaire suisse déclaré en France
  • Imposé au barème progressif français (0-45% + 17,2% PS)
  • La France verse une compensation financière à Genève (3,5% de la masse salariale des frontaliers genevois)

Avantage : simplicité (une seule déclaration en France) → Inconvénient : pas d'avantage fiscal particulier — vous payez l'impôt français sur un salaire souvent élevé

Cas 2 : Frontaliers des autres cantons (régime général convention 1966)

Pour les frontaliers travaillant dans les cantons de Vaud, Fribourg, Berne, Bâle, Argovie, Zurich, etc. :

  • La Suisse prélève une retenue à la source sur le salaire (appelée "impôt à la source" ou "Quellensteuer")
  • Cette retenue varie de 15 à 40% selon le canton et le salaire
  • La France accorde ensuite un crédit d'impôt pour éviter la double imposition

Complexité : deux pays prélèvent, un crédit d'impôt est accordé → La charge fiscale totale dépend fortement du canton

Barème de retenue à la source suisse (Canton de Vaud, exemple)

Salaire brut annuel (CHF) Taux retenue à la source (célibataire)
< 50 000 CHF 10-14%
50 000 - 100 000 CHF 14-18%
100 000 - 200 000 CHF 18-24%
> 200 000 CHF 24-34%

Plus les impôts cantonaux et communaux.

Cotisations sociales pour les frontaliers

Les frontaliers cotisent en principe dans le pays où ils travaillent (Suisse), sous réserve d'exceptions :

  • AVS/AI/APG (équivalents de la retraite et l'invalidité suisses)
  • Prévoyance professionnelle (2e pilier — LPP)
  • Assurance chômage (AC)

Assurance maladie : les frontaliers ont le choix entre la LaMal suisse (soins en Suisse) et leur régime français (CPAM + mutuelle). Beaucoup optent pour la dispense de LaMal et gardent leur couverture française avec une assurance complémentaire dédiée frontaliers. Consultez notre comparatif CFE vs assurance privée pour les options.

Partie 2 — Les résidents en Suisse

La structure fiscale helvétique : impôts à 3 niveaux

En Suisse, l'impôt sur le revenu est perçu à trois niveaux :

  1. Impôt fédéral direct (IFD) : taux progressif, maximum 11,5%
  2. Impôt cantonal : varie énormément selon le canton (de 6% à 20%+)
  3. Impôt communal : multiple de l'impôt cantonal (0,7 à 1,5x selon la commune)

Exemples de charge fiscale totale effective pour un revenu de 150 000 CHF :

Canton Charge fiscale totale estimée
Zoug 15-18%
Schwyz 16-19%
Nidwald 17-20%
Genève 28-35%
Vaud 26-33%
Bâle-Ville 28-36%
Zurich 24-30%

Choisir son canton de résidence est une décision fiscale majeure. Zoug et Schwyz sont historiquement les cantons les plus attractifs.

L'imposition à la source pour les étrangers

Les étrangers travaillant en Suisse sans permis C (établissement) sont imposés à la source directement par l'employeur. Ils ne font pas de déclaration d'impôt initiale (sauf si revenus > seuil cantonal ou patrimoine > 120 000 CHF).

Le permis C (obtenu après 5 ou 10 ans selon la nationalité — les UE/AELE l'obtiennent après 5 ans) donne accès à la taxation ordinaire avec déclaration annuelle.

Le forfait fiscal : pour les très hauts patrimoines

Le forfait fiscal (imposition d'après la dépense) est réservé aux étrangers qui :

  • S'installent en Suisse pour la première fois ou après > 10 ans d'absence
  • N'exercent aucune activité lucrative en Suisse (ni salarié, ni indépendant)
  • Ont un patrimoine ou des revenus étrangers importants

La base d'imposition = dépenses mondiales × coefficient (au minimum 7× le loyer annuel suisse).

Exemple : un retraité français qui loue un appartement à 5 000 CHF/mois à Genève.

  • Loyer annuel : 60 000 CHF
  • Base de dépenses minimale : 60 000 × 7 = 420 000 CHF
  • Certains cantons imposent une base minimale (Genève : 400 000 CHF minimum)
  • Impôt estimé sur 420 000 CHF à Genève : ~100 000-120 000 CHF/an

Pour qui le forfait est-il avantageux ?

  • Retraités fortunés avec pensions et revenus de placement > 1,5 million €/an
  • Entrepreneurs qui ont vendu leur société et vivent de leurs placements
  • Héritiers d'importants patrimoines

La prévoyance professionnelle (2e pilier / LPP)

Les salariés suisses cotisent obligatoirement à la prévoyance professionnelle (PP), souvent appelée "2e pilier". C'est un régime de retraite par capitalisation :

  • Cotisations employeur et employé (environ 7-18% du salaire selon l'âge et le plan)
  • Capital accumulé disponible à la retraite ou en cas de départ
  • En quittant la Suisse : possibilité de se faire verser le capital de votre 2e pilier (après un délai) — imposé en Suisse à un taux réduit, mais aussi imposable en France

Point d'attention : le capital du 2e pilier versé à un Français rentrant en France est imposable en France selon les règles des pensions et rentes. Ne prenez pas une décision hâtive sur le déblocage de votre 2e pilier.

La convention fiscale France-Suisse de 1966

La convention bilatérale France-Suisse est très détaillée et régulièrement amendée (dernière modification substantielle en 2010).

Règles principales

Type de revenu Pays d'imposition Notes
Salaire activité en Suisse Suisse (retenue source) Sauf frontaliers genevois
Pension retraite privée Pays de résidence Si résident en Suisse : Suisse
Pension retraite fonctionnaire France Toujours imposée en France
Dividendes suisses CH retient 35%, remboursement partiel Taux réduit 15% avec convention
Plus-values mobilières Pays de résidence Suisse : 0% pour particuliers
Immobilier Pays d'implantation

La retenue suisse sur dividendes : 35%, récupérable

La Suisse prélève une retenue à la source de 35% sur tous les dividendes de sociétés suisses. Pour les résidents fiscaux français, la convention réduit ce taux à 15% — vous pouvez récupérer 20 points de retenue en faisant valoir la convention.

Cette retenue concerne notamment les dividendes de Nestlé, Roche, Novartis, UBS, ABB — des actions très détenues par les investisseurs français.

Outils pratiques pour les Français en Suisse

Transferts France-Suisse : Le franc suisse (CHF) a une parité proche de 1:1 avec l'euro (1 CHF ≈ 1,05 € en février 2026). Wise propose le meilleur taux EUR/CHF avec ~0,35% de commission vs 1,5-3% dans les banques classiques.

Assurance santé : En Suisse, la LaMal (assurance maladie obligatoire suisse) est obligatoire dès l'installation. Pour les frontaliers qui optent pour la couverture française, consultez notre guide assurance santé expatrié.

Ouvrir un compte Wise pour les transferts franco-suisses →

Pour comprendre les autres destinations alternatives à la Suisse pour l'expatriation fiscale, consultez notre guide comparatif des destinations ou nos guides Portugal 2026 et Dubaï 2026.


Les taux d'imposition cantonaux et fédéraux suisses sont indicatifs et basés sur les barèmes 2026. La situation de chaque contribuable est individuelle. Consultez un conseiller fiscal franco-suisse pour votre situation spécifique.

WiseTransfert international

Taux de change réel, frais transparents, IBAN local dans 10+ pays. L'outil n°1 des expatriés.

Ouvrir un compte Wise

Questions fréquentes

Un frontalier qui travaille en Suisse mais vit en France paie-t-il ses impôts en France ou en Suisse ?
Cela dépend du canton suisse. Pour les frontaliers travaillant à Genève : les impôts sont payés en France (régime spécial de l'accord franco-genevois de 1973). Pour les frontaliers dans les autres cantons (Vaud, Fribourg, Berne, Jura, Soleure, etc.) : une retenue à la source est prélevée en Suisse, mais elle est remboursable partiellement et des mécanismes d'élimination de double imposition s'appliquent. La convention France-Suisse de 1966 régit ces règles.
Quel est le forfait fiscal suisse et qui peut en bénéficier ?
Le forfait fiscal suisse (imposition d'après la dépense) permet aux étrangers qui s'installent en Suisse sans exercer d'activité lucrative d'être imposés sur leurs dépenses (coût de la vie) plutôt que sur leurs revenus réels. Il est réservé aux personnes qui n'ont jamais été imposées en Suisse comme travailleurs. La base d'imposition est au moins 7 fois le loyer annuel, avec un minimum cantonal (certains cantons exigent 400 000 CHF de dépenses minimum).
La Suisse impose-t-elle les plus-values sur les actions ?
Non. Les particuliers résidents en Suisse ne paient pas d'impôt sur les plus-values mobilières (actions, obligations). C'est un avantage majeur de la Suisse pour les investisseurs. Les plus-values immobilières sont en revanche imposées (impôt sur les gains immobiliers, variable selon les cantons). Attention : si vous êtes 'commerçant professionnel' (trading intensif), vos gains peuvent être requalifiés en revenu professionnel imposable.
Peut-on habiter en France et ne payer des impôts qu'en Suisse ?
Non, en tant que résident fiscal français, vous êtes imposable en France sur vos revenus mondiaux. La convention France-Suisse prévoit des mécanismes d'élimination de la double imposition, mais si vous vivez en France, vous payez vos impôts en France (avec crédit d'impôt pour ce qui a été prélevé en Suisse dans certains cas).
Avertissement légal : Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre purement informatif et ne constituent pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. La fiscalité évolue régulièrement et les situations individuelles varient. Avant toute décision, consultez un conseiller fiscal qualifié et vérifiez la réglementation en vigueur dans votre pays de résidence.