Réforme des retraites et expatriation : le point complet en 2026
La réforme des retraites de 2023 continue de produire ses effets en 2026. Le report progressif de l'âge légal de départ à 64 ans (atteint en 2030) impacte directement les expatriés français qui ont cotisé en France. Parallèlement, les questions de fiscalité des pensions versées à l'étranger, de coordination entre régimes et de rachat de trimestres restent au cœur des préoccupations.
Ce que la réforme change pour les expatriés
Report de l'âge légal
L'âge légal de départ à la retraite augmente de 3 mois par génération :
| Année de naissance | Âge légal de départ | Trimestres requis (taux plein) |
|---|---|---|
| 1962 | 62 ans | 169 (42 ans et 3 mois) |
| 1963 | 62 ans et 6 mois | 170 (42 ans et 6 mois) |
| 1964 | 63 ans | 171 (42 ans et 9 mois) |
| 1965 | 63 ans et 6 mois | 172 (43 ans) |
| 1966 et après | 64 ans | 172 (43 ans) |
Impact expatriés : si vous avez quitté la France jeune et n'avez cotisé que 10-15 ans en France, vous n'atteindrez probablement pas le taux plein avec vos seuls trimestres français. La totalisation avec les trimestres étrangers devient cruciale.
Durée de cotisation allongée
La durée requise pour le taux plein passe à 172 trimestres (43 ans) pour les générations 1965 et suivantes. Pour les expatriés, cela rend encore plus important le sujet des trimestres cotisés à l'étranger.
Trimestres étrangers : comment ça fonctionne ?
Le principe de totalisation-proratisation
Avec les pays ayant signé une convention bilatérale de sécurité sociale, le mécanisme est le suivant :
- Totalisation : vos trimestres français + vos trimestres étrangers sont additionnés pour vérifier si vous atteignez le nombre requis pour le taux plein
- Proratisation : le montant de votre pension française est calculé uniquement sur vos cotisations françaises
Exemple : Marie, née en 1966, a travaillé 20 ans en France (80 trimestres) puis 23 ans au Canada (92 trimestres).
- Total : 80 + 92 = 172 trimestres → taux plein atteint
- Pension française : calculée sur les 80 trimestres français uniquement
- Pension canadienne (RPC/RRQ) : calculée sur les cotisations canadiennes
Pays avec convention de sécurité sociale
| Zone | Totalisation possible | Exemples |
|---|---|---|
| UE/EEE/Suisse | Oui (règlement 883/2004) | Tous les États membres |
| Pays avec convention bilatérale | Oui | Canada, USA, Maroc, Tunisie, Japon, Inde, Corée, etc. |
| Pays sans convention | Non | Émirats, Thaïlande, Cambodge, etc. |
Attention Émirats : les EAU n'ont aucune convention de sécurité sociale avec la France. Les années passées à Dubaï ne comptent pas pour votre retraite française, sauf si vous cotisez volontairement à la CFE (Caisse des Français de l'Étranger).
La CFE : cotiser volontairement à la retraite française
Principe
La Caisse des Français de l'Étranger (CFE) permet aux expatriés de cotiser volontairement à l'assurance vieillesse du régime général français. Les cotisations sont calculées sur une assiette forfaitaire ou sur la rémunération réelle.
Coût et intérêt
| Tranche de revenus | Cotisation trimestrielle (2026) |
|---|---|
| Moins de 1 PASS | ~1 200 € / trimestre |
| 1 à 3 PASS | ~2 400 € / trimestre |
| Plus de 3 PASS | ~3 600 € / trimestre |
Est-ce rentable ? Cela dépend de votre situation. Consultez notre analyse détaillée : CFE : vaut-elle le coût ? et CFE vs assurance privée.
Fiscalité des pensions versées à l'étranger
Pensions du secteur public (fonction publique)
Les pensions publiques sont presque toujours imposées exclusivement en France, quel que soit le pays de résidence du retraité. C'est la règle de l'article 19 du modèle OCDE, reprise dans la quasi-totalité des conventions.
Retenue à la source : barème spécifique des non-résidents (0% jusqu'à 15 988 €, 12% de 15 988 à 46 407 €, 20% au-delà).
Pensions du secteur privé (régime général, AGIRC-ARRCO)
Les pensions privées sont généralement imposables dans le pays de résidence du bénéficiaire (article 18 du modèle OCDE). Toutefois, certaines conventions prévoient un partage du droit d'imposer.
| Pays de résidence | Pensions privées imposables | Pensions publiques |
|---|---|---|
| Portugal | Au Portugal (10% flat IFICI) | En France |
| Maroc | Au Maroc (barème IR marocain) | En France |
| Belgique | En France (exception conventionnelle) | En France |
| Espagne | En Espagne (barème IRPF) | En France |
| Canada | Au Canada | En France |
| Émirats | Pas de convention — France par défaut | France |
Cas spécial Belgique : contrairement à la plupart des conventions, la convention France-Belgique prévoit que les pensions privées restent imposables en France. Un retraité français en Belgique continue de payer l'impôt français sur sa pension.
Pensions complémentaires AGIRC-ARRCO
Pour un guide complet sur la retraite complémentaire, consultez notre article dédié AGIRC-ARRCO expatriés.
Le rachat de trimestres : stratégie pour les expatriés
Qui peut racheter ?
Vous pouvez racheter des trimestres pour :
- Années d'études supérieures (post-bac) : jusqu'à 12 trimestres
- Années incomplètes (moins de 4 trimestres validés) : compléter jusqu'à 4 trimestres par année
Coût du rachat en 2026
Le coût dépend de votre âge, de votre rémunération et de l'option choisie :
| Âge au rachat | Coût par trimestre (option taux seul) | Coût par trimestre (option taux + durée) |
|---|---|---|
| 30 ans | ~2 500 € | ~3 800 € |
| 40 ans | ~3 800 € | ~5 500 € |
| 50 ans | ~5 200 € | ~7 200 € |
| 60 ans | ~6 000 € | ~7 800 € |
Optimisation fiscale du rachat
Si vous êtes encore résident fiscal français, les cotisations de rachat sont déductibles du revenu imposable. Si vous êtes en tranche marginale à 30% ou 41%, l'économie d'impôt réduit considérablement le coût net du rachat.
Stratégie : racheter vos trimestres avant l'expatriation pour bénéficier de la déduction fiscale en France.
Cumul emploi-retraite : ce qui change en 2026
La réforme de 2023 a créé un vrai droit à une seconde pension pour les retraités en cumul emploi-retraite intégral. Depuis le 1er janvier 2023, les cotisations versées pendant le cumul emploi-retraite créent de nouveaux droits.
Pour les expatriés : si vous prenez votre retraite française puis travaillez à l'étranger, la question du cumul emploi-retraite ne se pose que si vous reprenez une activité relevant d'un régime français.
Transfert des pensions à l'étranger
Pour recevoir votre pension française à l'étranger, vous devez :
- Communiquer votre RIB étranger à votre caisse de retraite (ou un RIB Wise en euros)
- Fournir un certificat de vie annuellement (formulaire disponible auprès du consulat ou de la mairie locale)
- Déclarer le changement d'adresse auprès de toutes vos caisses
Conseil : utilisez un compte Wise ou Revolut pour recevoir vos pensions en euros puis convertir en devise locale au taux réel, plutôt que de subir les frais de change bancaires. Consultez notre comparatif Wise vs Revolut.
Checklist retraite pour les expatriés
- Vérifier votre relevé de carrière sur lassuranceretraite.fr
- Identifier les trimestres étrangers totalisables (convention de sécurité sociale)
- Évaluer l'intérêt de cotiser à la CFE
- Étudier le rachat de trimestres (surtout si encore résident fiscal français)
- Vérifier la convention fiscale pour le traitement de vos pensions
- Ouvrir un compte multi-devises pour recevoir la pension
- Souscrire une assurance santé expatrié adaptée