Informations vérifiées au juillet 2026

Fiscalité des Français à Monaco : le piège de la convention de 1963 (guide 2026)

8 min de lectureMonacofiscalité français Monaco

Monaco : la destination qui n'en est pas vraiment une, fiscalement

Monaco fascine : ni impôt sur le revenu, ni taxe d'habitation, ni taxe foncière pour ses résidents. Pour un Belge, un Britannique ou un Suisse, s'y installer signifie effectivement sortir de tout système d'imposition personnelle sur le revenu. Mais pour un Français, l'équation est radicalement différente : une convention fiscale vieille de plus de soixante ans neutralise, dans la plupart des cas, l'essentiel de cet avantage.

Ce guide détaille ce qu'un Français peut réellement espérer — et ce qu'il ne doit surtout pas croire — en s'installant dans la Principauté en 2026.

1. L'article 7 de la convention de 1963 : la règle qui change tout

La convention fiscale franco-monégasque du 18 mai 1963 organise les relations fiscales entre les deux États. Son article 7 contient une disposition unique en son genre, qui ne se retrouve dans aucune autre convention signée par la France.

Le principe : une résidence fiscale qui ne change pas

Un ressortissant français qui transfère son domicile ou sa résidence à Monaco reste, sauf exception, imposable en France sur l'intégralité de ses revenus mondiaux, exactement comme s'il n'avait jamais quitté le territoire français. Salaires, dividendes, revenus fonciers étrangers, plus-values : tout continue de remonter dans une déclaration française classique, au barème progressif, avec quotient familial.

Autrement dit : déménager à Monaco ne fait pas sortir un Français du système fiscal français, contrairement à un départ vers le Portugal, la Suisse ou les Émirats arabes unis.

L'exception : les « Français privilégiés »

Il existe une exception historique, réservée à un nombre restreint de personnes. Sont exclus de la règle de l'article 7 les Français qui résidaient déjà habituellement à Monaco depuis plus de cinq ans au 13 octobre 1962 — c'est-à-dire installés avant le 13 octobre 1957 — et qui ont conservé une résidence ininterrompue dans la Principauté depuis cette date, ainsi que leurs enfants. Ces personnes, parfois appelées « Français privilégiés » ou « vieux Monégasques », sont traitées comme de véritables résidents monégasques par l'administration fiscale française.

Pour tous les autres — soit la quasi-totalité des Français qui envisagent de s'y installer aujourd'hui — le principe de l'article 7 s'applique pleinement.

À comparer avec une expatriation classique : consultez notre guide sur le transfert du domicile fiscal l'année du départ, qui ne s'applique pas de la même façon à un départ vers Monaco.

2. L'IFI sur le patrimoine mondial : une règle encore plus sévère

L'article 7 de la convention comporte un second volet, souvent ignoré, applicable à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), héritier de l'ancien ISF.

Le mécanisme

Les Français ayant transféré leur domicile ou leur résidence à Monaco à compter du 1er janvier 1989 restent soumis à l'IFI en France dans les mêmes conditions qu'un résident fiscal français.

Situation Assiette IFI
Non-résident classique (Portugal, Suisse, Émirats…) Immobilier situé en France uniquement
Français installé à Monaco depuis 1989 (article 7) Immobilier mondial, comme un résident français
« Français privilégié » (installé avant 1957) Immobilier situé en France uniquement

Exemple : un Français installé à Monaco en 2015, propriétaire d'un appartement à Paris (1 200 000 €) et d'une villa en Espagne (900 000 €), déclare l'IFI sur les 2 100 000 € de patrimoine immobilier mondial net — et non sur le seul bien parisien. Pour comparer avec le régime standard des non-résidents, voir notre guide IFI 2026 pour les expatriés et non-résidents.

C'est l'un des points les plus mal anticipés par les Français qui s'installent à Monaco en pensant échapper à la fiscalité du patrimoine.

3. Ce que Monaco ne taxe vraiment pas

Malgré l'article 7, s'installer à Monaco n'est pas neutre fiscalement. La Principauté n'applique, à aucun résident quelle que soit sa nationalité :

  • Aucune taxe d'habitation ni taxe foncière sur les logements occupés à Monaco ;
  • Aucun impôt sur la fortune monégasque (Monaco n'a pas d'équivalent local de l'IFI) ;
  • Aucune contribution sociale généralisée (CSG-CRDS) monégasque sur le patrimoine ou les revenus du capital ;
  • Un impôt sur les bénéfices des sociétés limité aux entreprises réalisant plus de 25% de leur chiffre d'affaires hors de Monaco, avec un taux ramené à 25% depuis 2022 (contre 33,33% historiquement), proche de l'impôt sur les sociétés français.

La TVA monégasque, en revanche, est alignée sur la France : 20% de taux normal, avec les taux réduits à 10%, 5,5% et 2,1%, en application de la convention douanière franco-monégasque de 1963 qui intègre Monaco au territoire douanier européen.

4. Droits de succession et de donation : un régime territorial, indépendant de la convention de 1963

Monaco applique ses propres droits de mutation à titre gratuit, mais selon une logique purement territoriale : ils portent sur les biens situés à Monaco, quels que soient la nationalité et le domicile fiscal du défunt ou du donateur.

Barème monégasque

Lien de parenté Taux
Ligne directe (parents-enfants) et entre époux 0%
Entre frères et sœurs 8%
Entre oncles/tantes et neveux/nièces 10%
Entre parents jusqu'au 4ᵉ degré 13%
Entre non-parents 16%

L'exonération totale en ligne directe et entre époux est un atout patrimonial réel, à comparer aux droits français qui peuvent atteindre 45% (voir notre guide succession d'un expatrié).

Le piège : les biens français restent taxés en France

Cette exonération monégasque ne s'applique qu'aux biens situés à Monaco. Un Français installé à Monaco qui possède un appartement à Nice ou des titres d'une société française transmet ces biens selon les droits de succession français classiques, calculés sur son lien de parenté avec l'héritier et sur la valeur du bien transmis. La convention de 1963 ne contient d'ailleurs pas de dispositif d'élimination de double imposition sur les successions comparable à celui de l'impôt sur le revenu.

5. Devenir résident à Monaco : les conditions pratiques

L'installation à Monaco suppose d'obtenir une carte de résident délivrée par la Direction de la Sûreté Publique, ce qui implique concrètement de disposer d'un logement à Monaco (location ou acquisition), de justifier de moyens d'existence suffisants, d'ouvrir un compte bancaire monégasque et de résider effectivement dans la Principauté une partie significative de l'année.

Contrairement à l'Andorre ou au Portugal, il n'existe aucun visa investisseur dédié ni montant d'investissement minimum réglementaire pour un Français, mais l'accès au marché immobilier monégasque (parmi les plus chers au monde) constitue de fait la principale barrière à l'entrée. Pour organiser les transferts de fonds vers la Principauté, comparez les solutions dans notre guide Wise vs Revolut pour expatrié.

6. Exit tax : un cas particulier

L'exit tax française s'applique en principe aux contribuables qui transfèrent leur domicile fiscal hors de France en détenant plus de 800 000 € de titres, ou une participation d'au moins 50% dans une société. Or, pour un Français relevant de l'article 7, le domicile fiscal reste juridiquement en France au sens de la convention : l'administration considère qu'il n'y a pas, à proprement parler, de transfert de domicile fiscal hors de France déclenchant l'exit tax, tant que la personne demeure dans le champ de l'article 7-1.

Ce point mérite néanmoins d'être validé au cas par cas avec un professionnel avant tout projet d'installation, notamment en cas de restructuration patrimoniale ou de cession de titres envisagée peu après le déménagement. Pour les Français qui envisagent une expatriation classique (hors Monaco), consultez notre guide de l'exit tax 2026 et notre simulateur dédié.

7. Monaco vs autres destinations

Critère Monaco (Français, post-1989) Portugal Émirats arabes unis
Impôt sur le revenu mondial français Maintenu (article 7) Sort du système français Sort du système français
IFI Sur patrimoine immobilier mondial Sur immobilier français uniquement Sur immobilier français uniquement
Droits de succession locaux 0% en ligne directe (biens monégasques) Selon droit portugais Aucun

Ce tableau explique pourquoi Monaco attire surtout des résidents non-français (Britanniques, Belges, Suisses, Italiens) pour qui l'article 7 ne s'applique pas. Pour un Français cherchant une véritable sortie du système fiscal français, le Portugal ou les Émirats arabes unis restent des destinations plus adaptées.

Ce qu'il faut retenir

Élément Français à Monaco (post-1989, hors « privilégiés »)
Impôt sur le revenu Reste dû en France sur les revenus mondiaux (article 7)
IFI Reste dû en France sur l'immobilier mondial
Taxe d'habitation / foncière monégasque Aucune
Droits de succession sur biens monégasques 0% en ligne directe
Droits de succession sur biens français Barème français classique, sans dispositif conventionnel
Exit tax En principe non déclenchée (pas de transfert de domicile fiscal reconnu)
TVA 20% (alignée sur la France)

S'installer à Monaco en étant français ne s'improvise pas : la convention de 1963 en fait, fiscalement, une destination à part — parfois avantageuse sur le patrimoine transmis localement, mais loin d'être un « zéro impôt » pour les revenus et la fortune. Avant tout projet, faites chiffrer précisément votre situation personnelle : demandez votre bilan fiscal gratuit.

Situation personnelle ?

Obtenez un bilan fiscal gratuit pour votre expatriation Monaco.

Réponse personnalisée sous 48h ouvrées.

Commencer
WiseTransfert international

Taux de change réel, frais transparents, IBAN local dans 10+ pays. L'outil n°1 des expatriés.

Ouvrir un compte Wise

Questions fréquentes

Un Français qui s'installe à Monaco échappe-t-il à l'impôt sur le revenu français ?
Non, dans la grande majorité des cas. En application de l'article 7 de la convention fiscale franco-monégasque du 18 mai 1963, les personnes de nationalité française qui transfèrent leur domicile ou leur résidence à Monaco restent imposables en France sur l'ensemble de leurs revenus mondiaux, exactement comme si elles résidaient en France. Seuls les Français dits « privilégiés », installés à Monaco depuis plus de cinq ans au 13 octobre 1962 (soit avant le 13 octobre 1957) et y ayant conservé leur résidence sans interruption depuis cette date, échappent à cette règle et sont traités comme de véritables non-résidents.
Un Français installé à Monaco doit-il payer l'IFI sur son patrimoine immobilier mondial ?
Oui, s'il a transféré son domicile ou sa résidence à Monaco à compter du 1er janvier 1989. Dans ce cas, l'article 7 de la convention prévoit qu'il reste soumis à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI, ex-ISF) en France dans les mêmes conditions qu'un résident français, c'est-à-dire sur la valeur de tous ses biens immobiliers, y compris ceux situés hors de France et hors de Monaco. C'est une différence majeure avec un non-résident classique, qui n'est taxé à l'IFI que sur ses seuls biens immobiliers français.
Monaco applique-t-il des droits de succession ou de donation ?
Monaco a son propre régime de droits de mutation à titre gratuit, totalement indépendant de la nationalité ou de la résidence du défunt : il s'applique aux seuls biens situés à Monaco. Le taux est de 0% en ligne directe (parents-enfants) et entre époux, puis progresse selon le degré de parenté jusqu'à 16% entre personnes non parentes. Attention : ce régime ne dispense pas les héritiers français d'acquitter, en parallèle, les droits de succession français sur les biens situés en France ou détenus par un défunt domicilié fiscalement en France au sens de la convention.
Quels impôts un Français installé à Monaco évite-t-il réellement ?
Même soumis à l'article 7, un Français domicilié à Monaco bénéficie de la fiscalité locale sur ce que Monaco ne taxe pas du tout, quelle que soit la nationalité : pas de taxe d'habitation ni de taxe foncière, pas de contribution sociale monégasque sur le patrimoine, et une TVA alignée sur la France (20%) mais sans CSG-CRDS monégasque. L'avantage réel de Monaco pour un Français n'est donc pas l'impôt sur le revenu (verrouillé par la convention) mais l'absence de fiscalité locale annexe, la sécurité juridique et, pour les entrepreneurs, un impôt sur les bénéfices des sociétés compétitif.
Checklist gratuite · PDF

Recevez la checklist : 10 étapes fiscales avant de quitter la France.

Entrez votre e-mail et téléchargez le PDF immédiatement avant votre expatriation Monaco. Vous recevez aussi nos analyses pour ne rien manquer.

Avertissement légal : Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre purement informatif et ne constituent pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. La fiscalité évolue régulièrement et les situations individuelles varient. Avant toute décision, consultez un conseiller fiscal qualifié et vérifiez la réglementation en vigueur dans votre pays de résidence.