La vague des « fins de RNH » commence en 2026
Le régime de résident non habituel (RNH) portugais a attiré des dizaines de milliers de retraités français à partir de 2013-2016, séduits par une exonération quasi totale de leurs pensions pendant dix ans. Ces dix années arrivent aujourd'hui à échéance pour les premiers entrants : dès 2026, une vague de retraités bascule dans le régime fiscal portugais de droit commun, où les pensions sont imposées au barème progressif jusqu'à environ 48 %.
Pour un couple percevant 80 000 € de pensions, le passage d'un taux proche de 0 % à un taux moyen de 30 à 40 % représente une perte de plusieurs dizaines de milliers d'euros par an. La question devient alors : rester au Portugal et payer le prix fort, rentrer en France, ou repartir vers une nouvelle destination fiscalement attractive ? Ce guide compare les meilleures alternatives 2026 et détaille comment organiser une sortie propre du Portugal.
Avant tout, sécurisez la date de votre changement de résidence fiscale : c'est elle qui commande toute l'opération. Notre guide sur l'année du transfert de résidence fiscale explique comment cette date se fixe et se prouve.
Pourquoi le RNH ne peut être ni prolongé ni remplacé sur place
Le RNH est accordé pour dix années consécutives, sans renouvellement possible. Selon votre date d'entrée, vos pensions étrangères étaient soit totalement exonérées (entrants avant le 31 mars 2020), soit imposées à un taux forfaitaire de 10 % (entrants à partir de 2020). Dans les deux cas, le terme des dix ans met fin à l'avantage.
Depuis 2024, le Portugal a supprimé le RNH pour les nouveaux arrivants et l'a remplacé par un dispositif baptisé IFICI (souvent appelé « NHR 2.0 »), réservé aux chercheurs, aux professions hautement qualifiées et aux activités d'innovation. Ce régime ne couvre pas les pensions de retraite. Un retraité arrivant au terme de son RNH ne peut donc :
- ni prolonger son RNH ;
- ni basculer vers l'IFICI ;
- ni ouvrir un nouveau statut préférentiel au Portugal.
La seule façon de conserver une fiscalité allégée sur ses pensions est de transférer sa résidence fiscale vers un pays offrant encore un régime favorable. Pour comprendre le régime portugais de droit commun qui s'appliquera si vous restez, consultez notre guide complet de la fiscalité au Portugal et notre article de synthèse sur la fiscalité des Français au Portugal.
Les 5 meilleures alternatives fiscales pour retraités en 2026
Voici les destinations qui offrent aujourd'hui le meilleur rapport fiscalité/qualité de vie pour un retraité français quittant le Portugal :
| Destination | Régime pensions étrangères | Durée | Condition clé |
|---|---|---|---|
| Maroc | Abattement 70 %/40 % + réduction d'impôt de 80 % | Permanent | Transfert en dirhams non convertibles |
| Grèce | Taux forfaitaire 7 % sur tous revenus étrangers | 15 ans | Ne pas avoir été résident grec récemment |
| Italie (Sud) | Taux forfaitaire 7 % sur revenus étrangers | 10 ans | Commune < 20 000 hab. du Mezzogiorno |
| Île Maurice | Imposition plafonnée à 15 % | Permanent | Résidence effective sur l'île |
| Chypre | Taux 5 % sur pensions (au-delà d'un seuil) | Permanent | Régime non-dom, 60 jours minimum |
1. Le Maroc : le choix de la simplicité pour un retraité français
Le Maroc combine proximité, francophonie, coût de la vie modéré et un régime fiscal parmi les plus doux au monde pour les pensions. La convention fiscale franco-marocaine de 1970 attribue l'imposition des pensions privées (régime général, Agirc-Arrco, retraites complémentaires) à l'État de résidence. En tant que résident marocain, vos pensions françaises échappent à la retenue à la source française et bénéficient au Maroc :
- d'un abattement forfaitaire de 70 % jusqu'à un plafond de revenu annuel, puis de 40 % au-delà ;
- d'une réduction d'impôt de 80 % sur l'impôt dû au titre des pensions de source étrangère transférées au Maroc à titre définitif en dirhams non convertibles.
Résultat : le taux effectif d'imposition d'une pension française au Maroc tombe fréquemment sous les 5 %. Attention toutefois, les pensions publiques (fonction publique) restent imposables en France en application de la convention. Le détail du calcul, les démarches et les pièges figurent dans notre guide dédié : fiscalité des retraités français au Maroc, complété par le guide fiscal complet du Maroc 2026.
2. La Grèce : 7 % pendant 15 ans
La Grèce a mis en place un régime spécifique pour attirer les retraités étrangers : un taux forfaitaire unique de 7 % sur l'ensemble des revenus de source étrangère (pensions, dividendes, loyers, plus-values), pendant 15 ans. Ce régime est l'un des plus longs d'Europe. Conditions principales : ne pas avoir été résident fiscal grec pendant au moins cinq des six années précédentes, et transférer sa résidence depuis un pays ayant une convention de coopération fiscale avec la Grèce (ce qui est le cas de la France et du Portugal).
C'est une option solide pour qui souhaite rester dans l'Union européenne tout en divisant sa facture fiscale, avec un climat méditerranéen comparable au Portugal.
3. L'Italie du Sud : 7 % pendant 10 ans
L'Italie propose un mécanisme voisin : 7 % sur les revenus étrangers pendant 10 ans, réservé aux retraités qui s'installent dans une commune de moins de 20 000 habitants située dans le sud du pays (Pouilles, Calabre, Sicile, Sardaigne, etc.) ou dans certaines zones touchées par des séismes. Le régime impose de ne pas avoir été résident fiscal italien durant les cinq années précédentes. À ne pas confondre avec le régime forfaitaire italien à 100 000 € destiné aux hauts patrimoines, que nous détaillons dans notre article sur la flat tax italienne.
4. L'île Maurice : 15 % et cadre francophone
L'île Maurice plafonne l'impôt sur le revenu à 15 %, dans un environnement francophone et anglophone avec une convention fiscale avec la France. C'est une destination prisée des retraités recherchant un cadre tropical stable et un système bancaire développé. Les modalités d'obtention du permis de résidence et la fiscalité locale sont détaillées dans notre guide de la fiscalité à l'île Maurice.
5. Chypre : le régime non-dom
Chypre applique aux nouveaux résidents « non-dom » un régime attractif : les pensions de source étrangère peuvent être imposées à un taux de 5 % au-delà d'un abattement annuel, et les dividendes et intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu. La résidence peut s'obtenir avec seulement 60 jours de présence annuelle sous conditions. Chypre reste dans l'Union européenne, ce qui simplifie la circulation et la couverture sociale.
Tableau comparatif : combien paieriez-vous sur 80 000 € de pensions ?
Prenons un couple de retraités français percevant 80 000 € de pensions privées par an. Voici une estimation de l'impôt annuel selon la destination (hors prélèvements sociaux, hors situation particulière) :
| Situation | Imposition estimée sur 80 000 € | Économie vs Portugal droit commun |
|---|---|---|
| Portugal, RNH terminé (droit commun) | ~25 000 à 30 000 € | référence |
| Retour en France (barème + CSG) | ~12 000 à 16 000 € | ~13 000 € |
| Maroc (après abattement + réduction 80 %) | ~2 000 à 4 000 € | ~25 000 € |
| Grèce (7 %) | ~5 600 € | ~22 000 € |
| Italie Sud (7 %) | ~5 600 € | ~22 000 € |
| Île Maurice (15 % plafonné) | ~9 000 à 12 000 € | ~16 000 € |
Ces montants sont indicatifs et dépendent de la nature exacte de vos pensions (privées ou publiques), de votre patrimoine et des conventions applicables. Ils illustrent néanmoins l'écart considérable qui justifie d'étudier sérieusement un nouveau départ plutôt que de subir le barème portugais de droit commun.
Organiser proprement la sortie du Portugal : la feuille de route
- Fixez la date de fin de RNH et de transfert de résidence. Idéalement, faites coïncider votre départ avec la fin de votre dixième année pour ne pas subir une année pleine au barème portugais normal.
- Choisissez votre destination et vérifiez la convention. Assurez-vous que la convention fiscale bilatérale entre la France et le pays visé attribue bien l'imposition de vos pensions au pays d'accueil (attention aux pensions publiques, presque toujours imposées en France).
- Notifiez votre départ à l'administration portugaise (changement d'adresse fiscale, sortie du statut de résident) et inscrivez-vous comme résident fiscal dans le nouveau pays.
- Organisez votre couverture santé. À la retraite hors Union européenne, l'affiliation à la Caisse des Français de l'étranger ou une assurance santé internationale privée devient essentielle : comparez les offres avant le départ.
- Anticipez la fiscalité de votre patrimoine français. Un bien immobilier en France reste imposable en France (revenus fonciers, IFI, plus-value à la revente). Vérifiez aussi vos obligations déclaratives résiduelles avec notre guide sur la déclaration des revenus étrangers.
- Gardez une porte de sortie. Si vous envisagez un éventuel retour en France à un horizon de quelques années, intégrez-le dès maintenant dans votre stratégie, car il rebat toutes les cartes fiscales.
Faut-il plutôt rentrer en France ?
Le retour en France n'est pas absurde : le barème progressif français, assorti de l'abattement de 10 % sur les pensions et du système du quotient familial, aboutit souvent à une imposition inférieure au régime portugais de droit commun — de l'ordre de 12 000 à 16 000 € sur 80 000 € de pensions, auxquels s'ajoute la CSG. C'est moins avantageux qu'un régime à 7 % ou que le Maroc, mais cela peut convenir à un retraité attaché à la France, à sa famille et à son système de santé. Les conséquences d'un retour (réintégration dans le régime social, imposition du patrimoine mondial) sont détaillées dans notre article retour en France après expatriation. Pour le cadre général de la fiscalité des pensions à l'étranger, voyez aussi notre point sur la réforme des retraites et les pensions versées à l'étranger.
Ce qu'il faut retenir
- Le RNH n'est ni renouvelable ni remplaçable sur place : le régime IFICI qui l'a remplacé exclut les pensions.
- À la fin des 10 ans, rester au Portugal signifie basculer au barème progressif jusqu'à ~48 %.
- Les meilleures alternatives 2026 pour un retraité : le Maroc (taux effectif souvent < 5 %), la Grèce (7 % sur 15 ans), l'Italie du Sud (7 % sur 10 ans), l'île Maurice (15 %) et Chypre (non-dom).
- La date de transfert de résidence est le pivot de toute l'opération : mal calée, elle expose à une année pleine au barème portugais.
- Les pensions publiques restent presque toujours imposables en France, quelle que soit la destination.
Prochaines étapes
- Déterminez le mois exact de fin de votre RNH et la date optimale de départ.
- Présélectionnez deux destinations (par exemple Maroc et Grèce) et chiffrez chacune sur la base de vos pensions réelles.
- Vérifiez le sort de vos pensions publiques et de votre patrimoine immobilier français.
- Organisez votre couverture santé internationale avant le départ.
- Faites valider votre calendrier de sortie du Portugal pour éviter tout conflit de résidence.
Chaque situation dépend de la nature de vos pensions, de votre patrimoine et de vos attaches familiales : un chiffrage personnalisé évite les erreurs à cinq chiffres. Pour comparer précisément les scénarios Maroc, Grèce, Italie ou retour en France selon votre dossier, demandez votre bilan fiscal gratuit : nous analysons votre situation et vous répondons sous 48 h.